SAINT-JEAN-DE-FOS (Hérault)
ATELIER DE POTERIE ALBE / SABADEL
Inscription par arrêté du 10 octobre 2005

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Le village, au contact de la plaine fertile et du relief calcaire aride, apparaît en 804. Puis se développe une petite agglomération fortifiée en 1206 et très vite durant le XIIIe s. s'ajoutent deux faubourgs : au sud et à l'ouest. Le paysage bâti n'évoluera plus jusqu'à la fin du XVIIIe s. La production de céramique est attestée ici dès le XVe s. Quelques toponymes laissent supposer que l'activité céramique remontait au XIVe s. mais il faut attendre le début du XVIe s. pour que les archives livrent les plus anciens patronymes de potiers, puis les mentions d'artisans abondent. Le maximum est atteint en 1828 avec 75 potiers ; ensuite le déclin s'amorce et il ne restera que 12 potiers en 1914. Entre 1780 et 1840, 25 ateliers sont recensés. En 1910, il n'en reste plus que 2, dont celui qui nous intéresse aujourd'hui. Passées les années 1920 toute activité céramique disparaît et ce n'est qu'à la fin des années 1980 que de nouvelles poteries s'établissent ; à ce jour on recense 8 ateliers dont l'un a l'échelle d'une petite usine.

 

L'atelier Albe/Sabadel est construit en 1851 par le potier François Albe sur une grande parcelle hors-les-murs au nord. François Albe appartient à la plus importante famille de potiers active de 1636 à l'aube du XXe s. Comme ses prédécesseurs et ses contemporains, il fabrique une poterie commune de terre glaçurée. À côté des objets utilitaires, il s'adonne au modelage de figurines : en particulier la statuette de saint Roch (1867). À sa mort, l'atelier passe à son fils Barthélemy qui le vend vers 1890 à Jean-Baptiste Sabadel. Celui-ci emploie une dizaine d'ouvriers et engage deux tourneurs qui apprennent le métier à son fils, Élie. Par son origine professionnelle, maçon, Jean-Baptiste Sabadel, s'oriente vers la fabrication de matériaux de construction et s'équipe d'une presse mécanique destinée à une production de série de tuiles, briques creuses, pavés, tuyaux de drain, etc... pour autant, la céramique tournée n'est pas abandonnée. Pendant la guerre de 1914-18 l'activité s'interrompt ; elle reprend de 1918 à 1921 mais la concurrence des produits industriels a raison de l'entreprise. Jean Sabadel, fils d'Élie, devient agriculteur. Cependant tout reste en place : les outils, le stock de matériaux, la machine.

Structures, technique, outils et étapes de la fabrication

La technique de fabrication ne diffère pas de celle des autres centres de production du Midi. L'atelier est constitué des mêmes éléments : l'aire avec un puits et des bassins, les locaux de modelage et de séchage, le four. Les vases sont, pour la plupart, façonnés au tour. Quelques objets sont moulés dans des moules de plâtres, comme les grands plats appelés "jattes à lièvre" ou avec des calibres de bois, pour les tuyaux, ou encore dans des moules de métal pour les pavés. Les pièces sont entreposées sur des rayons pour un séchage parfait. L'atelier a conservé les barres de bois fixées aux murs et percées de trous à intervalles réguliers dans lesquels de longues chevilles sont enfoncées et supportent des étagères amovibles. Les objets sont stockés dans les parties hautes de l'atelier. Après un long séchage, les objets sont empilés dans le four pour une unique cuisson. La température atteint presque 1000 degrés après 36 à 48 heures. C'est un four à tirage vertical : le foyer où est jeté le combustible est en partie creusé dans le sous-sol. Les objets à cuire sont placés au-dessus, dans le laboratoire, dont la porte était murée avant chaque cuisson. De simples trous traversent les voûtes pour laisser passer les gaz chauds qui s'échappent sous la toiture à simple couche de tuiles en canal et à charpente métallique (pour diminuer les risques d'incendie).

Situation actuelle

C'est la dernière unité de production traditionnelle encore intacte dans cette localité célèbre pour cette petite industrie multiséculaire : subsistent le four en état de fonctionnement ainsi que les locaux de modelage et de séchage où sont conservés presque tous les outils. Ces structures industrielles sont d'une grande fragilité. Seul le Gard conserve quelques vestiges d'atelier avec four à Saint-Quentin (atelier Clop pour lequel vient d'être déposée une demande de protection), Uzès (atelier Pichon) et Meynes, eux aussi en grand danger. La commune vient de faire l'acquisition de l'atelier Sabadel pour y établir une maison de la poterie. La mise en valeur des locaux techniques (bassin de décantation, atelier de tournage, four, etc…) peut être réalisée pour une présentation au public en même temps que la collection municipale de poterie (protégée au titre des A.O.A.). Une protection de l'atelier conservant la totalité de ses éléments authentiques, permettra une réhabilitation des locaux sans les dénaturer.

 

photos Yvon COMTE © CRMH Languedoc-Roussillon