SAINT-MAURICE-DE-NAVACELLES (Hérault)
MAISON ATELIER PAUL DARDE
Inscription par arrêté du 26 décembre 2001

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Dès 1936, Paul Dardé avait décidé de vivre et de travailler dans la solitude du causse de Saint-Maurice. Il conçoit et construit lui-même un vaste atelier qui devra être, pour lui et son œuvre, un refuge. Le choix de son implantation sur une éminence, appelée le Belvédère, à l'écart du village privilégie l'ouverture vers le paysage des gorges de la Vis et du cirque de Navacelles.
La façade principale sur le Sud/Sud-Est est construite selon un axe guidé par la topographie des lieux, utilisant le relief des rochers, évoquant ici une allée d'accès. C'est dans cette perspective que s'ouvre la porte monumentale en plein cintre imitant en béton moulé les longs claveaux rayonnants, étroits et moulurés du portail roman de la maison de l'aumône du Saint-Esprit de Lodève (détruite) dont il voulait reconstituer la façade (vestiges actuellement dans le cloître de la cathédrale Saint-Fulcran).

Un deuxième axe Sud-Ouest/Nord-Est structure la partie Nord-Ouest ; l'ensemble formant une sorte de V ou de L très ouvert sur plusieurs niveaux suivant la dénivellation du terrain plus élevé au Nord.
L'austérité des parois aveugles au Nord en appareil archaïque n'est animée, à la base et au sommet, que par des ressauts horizontaux droits évoquant certains édifices du premier art roman.
Les façades Ouest associent pierre et brique dans un entrecroisement complexe, les ouvertures cintrées murées ou inachevées répondent aux lignes structurelles des horizontales et aux verticales des piliers ; une baie présente un petit fronton triangulaire en avancée sous un cintre.
A l'intérieur aussi les arcs de briques aux profils multiples composent un jeu de formes architecturales qui, avec les contrastes forts de matériaux et de couleurs donnent une esthétique très particulière.

Paul Dardé bâtit de ses mains cet édifice hors du commun, en plusieurs étapes, en fonction de ses moyens, avec l'aide ponctuelle d'un maçon local, M. Fabrègues, taillant au pic dans la carrière et assemblant les moellons de calcaire gris dur à la façon des maçons lombards du Moyen Age . Il utilise aussi la brique alvéolaire en terre cuite et le béton armé brut pour les éléments porteurs . Il complète à l'aide de planches et d'éléments métalliques (fer, zinc) les parties hautes. Le second œuvre n'est pas entrepris : les couvertures sont en tôle, aucun revêtement ni de sol, ni de mur malgré la présence d'un four à pain, d'un évier, d'une cheminée et d'aménagements pour l'eau du réservoir. Dardé y habite pourtant au milieu de ses œuvres (ses "enfants" dit-il) sans le moindre confort, avec son épouse Alice, mais y reçoit amis et artistes, notamment pendant la guerre. Rien n'est achevé en 1956 lorsqu'il retourne à Lodève où il meurt en 1963.

A l'abandon depuis, l'édifice présente un aspect très dégradé mais imposant ; toutes les parties hautes ou en matériaux légers ont disparu. Un projet de réhabilitation est en cours (hébergement d'artistes avec logements et espaces ateliers). Le fonds d'atelier a été partiellement acquis par le Musée de Lodève.

Pour en savoir plus

 

photo J.-M. PERIN © Inventaire général, ADAGP