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Dès
1936, Paul
Dardé avait décidé de vivre et de travailler
dans la solitude du causse de Saint-Maurice. Il conçoit
et construit lui-même un vaste atelier qui devra être, pour
lui et son uvre, un refuge. Le choix de son implantation sur une
éminence, appelée le Belvédère, à l'écart
du village privilégie l'ouverture vers le paysage des gorges
de la Vis et du cirque de Navacelles.
La façade principale sur le Sud/Sud-Est est construite selon un
axe guidé par la topographie des lieux, utilisant le relief des
rochers, évoquant ici une allée d'accès. C'est dans
cette perspective que s'ouvre la porte monumentale en plein cintre
imitant en béton moulé les longs claveaux rayonnants,
étroits et moulurés du portail roman de la maison de
l'aumône du Saint-Esprit de Lodève (détruite)
dont il voulait reconstituer la façade (vestiges actuellement dans
le cloître de la cathédrale Saint-Fulcran).
Un deuxième axe Sud-Ouest/Nord-Est structure la partie Nord-Ouest
; l'ensemble formant une sorte de V ou de L très ouvert sur plusieurs
niveaux suivant la dénivellation du terrain plus élevé
au Nord.
L'austérité des parois aveugles au Nord en appareil archaïque
n'est animée, à la base et au sommet, que par des ressauts
horizontaux droits évoquant certains édifices du premier
art roman.
Les façades Ouest associent pierre et brique dans un entrecroisement
complexe, les ouvertures cintrées murées ou inachevées
répondent aux lignes structurelles des horizontales et aux verticales
des piliers ; une baie présente un petit fronton triangulaire en
avancée sous un cintre.
A l'intérieur aussi les arcs de briques aux profils multiples composent
un jeu de formes architecturales qui, avec les contrastes forts de matériaux
et de couleurs donnent une esthétique très particulière.
Paul
Dardé bâtit de ses mains cet édifice hors du commun,
en plusieurs étapes, en fonction de ses moyens, avec l'aide ponctuelle
d'un maçon local, M. Fabrègues, taillant au pic dans la
carrière et assemblant les moellons de calcaire gris dur à
la façon des maçons lombards du Moyen Age . Il utilise
aussi la brique alvéolaire en terre cuite et le béton armé
brut pour les éléments porteurs . Il complète à
l'aide de planches et d'éléments métalliques (fer,
zinc) les parties hautes. Le second uvre n'est pas entrepris : les
couvertures sont en tôle, aucun revêtement ni de sol, ni de
mur malgré la présence d'un four à pain, d'un évier,
d'une cheminée et d'aménagements pour l'eau du réservoir.
Dardé y habite pourtant au milieu de ses uvres (ses "enfants"
dit-il) sans le moindre confort, avec son épouse Alice, mais y
reçoit amis et artistes, notamment pendant la guerre. Rien n'est
achevé en 1956 lorsqu'il retourne à Lodève où
il meurt en 1963.
A
l'abandon depuis, l'édifice présente un aspect très
dégradé mais imposant ; toutes les parties hautes ou en
matériaux légers ont disparu. Un projet de réhabilitation
est en cours (hébergement d'artistes avec logements et espaces
ateliers). Le fonds d'atelier a été partiellement acquis
par le Musée de Lodève.
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