ANIANE (Hérault)
ancienne ABBAYE, ancien PENITENCIER
classement par arrêté du 2 novembre 2004
EGLISE de l'ancienne ABBAYE
classement par arrêté du 9 septembre 2002

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L'abbaye est fondée en 782 par le futur Saint-Benoît d'Aniane. Ce Witiza d'origine wisigothe, éduqué à la cour des rois francs embrasse les ordres et, dès avant 780, se retire en ermite près de l'endroit qui deviendra Aniane. Proche et conseiller de Charlemagne, puis de Louis le Pieux dont il fut le tuteur, il est appelé à la cour d'Aix-la-Chapelle, où il finit ses jours. Il est le grand réformateur de la règle bénédictine, à l'origine du renouveau monastique et culturel de toute la chrétienté occidentale.

Il ne reste apparemment plus de trace ni de l'abbaye carolingienne qui fut pourtant forcément majeure, centre de diffusion de la réforme de Benoît, largement dotée et favorisée par les empereurs, mère de l'abbaye de Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert) qui deviendra rapidement (dès le XIe s.) sa rivale : le domaine de l'abbaye est vaste ; il englobe dans son enceinte tout le bourg monastique. Rien n'apparaît non plus de l'abbaye médiévale qui fut très prospère et richement dotée avant son déclin extrême au XIVe siècle et sa décadence totale sous le régime de la commende dès avant les guerres de religion.

Les bâtiments monastiques sont complètement ruinés entre 1561 et 1572. Les religieux adhèrent en 1633 à la réforme de la congrégation des bénédictins de Saint-Maur. Le premier projet de reconstruction rejette un vaste cloître très à l'Est, ce qui s'explique peut-être par la présence d'une zone de vestiges anciens laissée libre au Sud de l'église. Le projet de 1661 est celui qui correspond le plus exactement à la réalisation (l'église au Nord présente une nef rectangulaire avec chapelles latérales, sans transept et au chœur réduit, entourée des bâtiments conventuels). La reconstruction commence en 1679 par l'église, mais va durer jusqu'en 1714 ; puis le grand bâtiment Ouest et le cloître sont rebâtis. Les travaux se poursuivent jusqu'à la Révolution. Des parties importantes, notamment le logis abbatial décoré dans un style Louis XVI archaïsant, sont préservées. L'église devient paroissiale tandis que les anciens bâtiments conventuels sont transformés, en 1810, en filature de coton, puis, en 1845 l'administration pénitentiaire regroupe les propriétés morcelées de l'ancienne enclos abbatial pour créer une maison centrale de détention ; deux ailes parallèles encadrant une longue cour sont ajoutées à l'Est. En 1951, de nouvelles extensions sont réalisées. Malgré ces vicissitudes l'abbaye d'Aniane reste, pour le Languedoc, un des rares exemples complets conservé d'architecture monastique de cette période.

L'histoire du "bagne d'enfants" d'Aniane est tristement célèbre pour ses révoltes durement réprimées : cet épisode douloureux fait d'Aniane un lieu de mémoire exemplaire qu'il importe de ne pas ignorer.

 

photos Yvon COMTE © CRMH Languedoc-Roussillon