DOSSIER : CABANES ET CABANIERS DES ETANGS DE CAMARGUE, DU LANGUEDOC ET DU ROUSSILLON










IV : Quelques étapes d'une restauration

Les barques traditionnelles des côtes du Golfe du Lion portent en elles une valeur ethnographique, historique et identitaire.

Dans ce contexte, vouloir s'investir pour le patrimoine maritime et entreprendre la restauration d'une barque traditionnelle peut, au delà de l'aspect technique, prendre une dimension patrimoniale. Mais cela nécessite rigueur, documentation et parfois recherche historique pour qui veut inscrire son action dans le champ de la préservation de cet héritage.

Dans cette optique, la restauration d'un bateau et le choix du bateau à restaurer doivent donc être une décision de cœur bien sûr, mais aussi de raison. Aux dires en effet de ceux qui l'ont entrepris, la réussite d'un tel projet nécessite un long investissement personnel. En fonction de l'importance de la restauration, il demande aussi des moyens financiers, des compétences techniques plus ou moins poussées et du matériel pour les mettre en œuvre.

Toute une enquête sera parfois nécessaire pour restaurer la barque rigoureusement et lui rendre les caractéristiques qu'elle présentait à une certaine époque, comme par exemple du temps où elle pêchait à la voile. Cette enquête peut se baser sur des ressources documentaires, sur les savoir-faire des charpentiers de marine, être menée auprès des anciens pêcheurs qui possédaient le bateau, ou de ceux qui utilisaient ce type de bateau...

Il n'y a donc pas une restauration type, à mener selon un cheminement déterminé, et le terme restauration peut évidemment recouvrir des réalités bien différentes.

Certaines grandes étapes du travail autour du bateau peuvent cependant être distinguées.

Etablir un diagnostic sanitaire et déposer les pièces à remplacer

Le bilan sanitaire va permettre, lors d'un examen approfondi du bateau, de faire la distinction entre les parties saines et les pièces endommagées ou pourries qui devront être remplacées.

La dépose des pièces à changer (ou l'extraction de la partie défectueuse de celles-ci), plus ou moins faciles d'accès, nécessite donc parfois le démontage d'ensembles importants de la charpente. Cette opération peut être longue et comporte un risque, celui de casser des pièces saines en les manipulant pour atteindre les parties à remplacer.

 

Façonner une pièce de rechange

Dans le meilleur des cas, la pièce extraite peut servir de gabarit pour le façonnage d'une pièce de rechange.

Si le travail s'effectue en bois brut, la forme de la pièce sera alors recherchée dans un plateau de bois présentant la courbe du fil adaptée. Elle sera ensuite idéalement débitée à l'aide d'une scie à ruban.



François Bienchéri était charpentier de marine à Gruissan. Il est ici photographié en 1970, alors qu'il trace les membres d'un bétou et les découpe à l'aide d'une scie à ruban. On notera le plateau incliné sur la photographie centrale.

La plupart des pièces de charpente d'un bateau présentent des faces courbes. Une scie à ruban montée sur un plateau inclinable permet de réaliser un travail de précision, en découpant les pièces suivant l'angle souhaité, et en faisant varier cet angle en fonction de repères préalablement notés sur le bois.

Assurer l'étanchéité de la coque

 


le maillet et les fers à calfat

Après s'être assuré que les parties défectueuses de la barque sont remplacées, l'ensemble de la coque et du pont fera l'objet de la plus grande attention lors de l'opération de calfatage .

Pour assurer la meilleure étanchéité possible à la coque du bateau, les bordés à franc-bord sont soigneusement serrés chant contre chant. Leur jonction présente une rainure en « v », la couture, qui sera bourrée de coton ou d' étoupe , en fonction de leur dimension. C'est l'opération de calfatage , réalisée avant d'appliquer les peintures de protection, qui permettra d'assurer l'étanchéité de l'embarcation.