DOSSIER : CABANES ET CABANIERS DES ETANGS DE CAMARGUE, DU LANGUEDOC ET DU ROUSSILLON










III : Approche technique

 

Les barques traditionnelles de Méditerranée se caractérisent par des spécificités de charpente et des modes opératoires de construction communs :

 

L'ossature de la barque est assemblée en premier, avant de recevoir les bordés .

Traditionnellement, il s'agit toujours de constructions à francs bords, ce qui signifie que les bordés de coque sont disposés bord contre bord sans recouvrement, contrairement à la technique de construction à clins, comme pour certains bateaux nordiques par exemple, où les bordés se chevauchent comme des ardoises sur un toit.

On parle de constructions sur membrures sciées, c'est-à-dire que la forme des membres est directement découpée dans des plateaux de bois où l'on recherche la courbe du fil correspondante grâce à des gabarits , contrairement aux membrures ployées où la forme voulue est obtenue par étuvage du bois.

La construction des barques traditionnelles en Méditerranée demandait toute l'habileté des charpentiers de marine pour la confection et l'assemblage des nombreuses pièces constituant la charpente. Sans en révéler toute la complexité, les quatre schémas ci-dessous, présentant différentes étapes de construction d'une barque catalane , permettent d'avoir une idée de l'anatomie de ce type de bateau et d'appréhender l'art des constructeurs.


La charpente axiale
(Vue de côté)

La charpente axiale constitue en quelque sorte la colonne vertébrale du bateau, et son assemblage marque le début de la construction.

Ses pièces sont le plus souvent en chêne vert, bois résistant mais lourd. Sur la quille longue qui portera la charpente transversale, sont assemblées l'étrave à l'avant et l'étambot à l'arrière par des traits de jupiter .

La contre-étrave et le contre-étambot viennent consolider l'ensemble.



La charpente transversale
(Vue de côté) (Vue en coupe) (Vue de dessus)

Assemblée en bois dur également, la charpente transversale est constituée de l'ensemble des couples qui, espacés régulièrement, ébauchent le volume de la coque.

Le couple le plus large, appelé maître-couple, donne la largeur maximale du bateau.

Chaque couple se compose d'une varangue fixée à la quille, prolongée de deux membres symétriques.

La rigidité de la charpente est complétée par la pose de pièces de liaisons comme la préceinte et la carlingue . La préceinte est le bordé supérieur de la coque, plus épais que les autres bordés (il sera doublé à l'intérieur par la serre-bauquière non représentée ici).

La carlingue , quant à elle, vient coiffer la quille et les varangues . Une mortaise y est aménagée pour recevoir l'emplanture du mât.



Le bordage
(Vue de côté) (Vue de dessus)

Les bordés de coque, constituant l'enveloppe extérieure du bateau, sont disposés à franc-bord. Ils sont le plus souvent découpés dans des planches de pin, étuvés pour leur donner la courbure recherchée puis fixés aux membres .

L'étanchéité de l'ensemble est assurée par le calfatage qui consiste à introduire du coton ou de l'étoupe entre les bordés à l'aide des fers à calfat. Les bordés de pont ferment la coque du bateau en constituant un plancher lui aussi étanche. Ils reposent sur des barrots de pont, pièces de charpente transversale non représentées ici, fixés sur la serre-bauquière face à chaque membre . Leur forme confère au pont un aspect plus ou moins bombé appelé bouge , ce qui permet l'évacuation rapide de l'eau embarquée. Le bordage du pont est traditionnellement réalisé avec des bordés rectilignes disposés parallèlement, à l'exception du trinquenin, le premier bordé qui court sur l'extérieur du pont.

Dans le prolongement des bordés de coque, au dessus du pont, se trouve le pavois constitué de trois planches dont la planche à dalots , munie d'ouvertures pour évacuer l'eau embarquée sur le pont. Des escans fixés au pavois sont utilisés pour les manœuvres à la rame.

Des ouvertures sont aménagées dans le pont pour avoir accès à la cale, où était déversé le poisson pêché. A l'arrière, le patron s'installe dans une petite ouverture pour manier la barre et donner les ordres pour la navigation et la pêche.

Des capots escamotables viendront couvrir ces trois ouvertures.



Le gréement
( Vue de côté )

Le safran long vient se positionner sur les fers boulonnés dans l'étambot . Sa profondeur supérieure à celle de la coque compense l'absence de plan de dérive sur la quille.

Le gréement latin, qui caractérise les barques traditionnelles de Méditerranée, se compose d'un mât court (très apiqué sur l'avant sur les barques catalanes), contre lequel repose une antenne (composée du car et de la penne) portant la voile latine. Cet ensemble permet de multiples réglages autour du point de contact entre le mât et l'antenne , la voile disposant ainsi d'une grande mobilité dans l'espace. Elle peut être réglée à l'aide de trois manœuvres : l'écoute, le devant et l'orse poupe.

La voile peut être pourvue d'une ou plusieurs bande de ris , ce qui offre la possibilité de réduire sa surface lorsque le vent forcit, en utilisant les matafions pour enrouler de la toile autour de l'antenne .