DOSSIER : CABANES ET CABANIERS DES ETANGS DE CAMARGUE, DU LANGUEDOC ET DU ROUSSILLON










II : Etat des lieux des embarcations traditionnelles

Supplantées massivement par les chalutiers et les bateaux à coque plastique, écartées des projets de valorisation touristique du littoral et souvent évincées lors de la création des ports de plaisance, les barques traditionnelles de pêche se sont considérablement raréfiées à partir des années 1950. Cette disparition a été rapide du fait de la nature hautement périssable des coques en bois laissées à l'abandon.

Cependant, la reconnaissance de leur intérêt patrimonial, bien que tardive, a permis de sauver de nombreuses barques qui naviguent encore aujourd'hui. Cette prise de conscience, initiée dans les années 1980, a entraîné des actions visant à mieux connaître ce patrimoine menacé pour le protéger et le valoriser. En 2003 et 2004, un inventaire régional des embarcations traditionnelles a été lancé par l' association Voile Latine de Sète et du bassin de Thau et la DRAC Languedoc-Roussillon afin de dresser un état des lieux. Les données présentées ci-dessous sont issues de ce travail d'inventaire, en partie consultable sur le site de l'Union des Associations pour le Patrimoine Maritime de Culture Méditerranéenne .

 

L'inventaire des embarcations traditionnelles en quelques chiffres

323 embarcations ont été recensées sur la côte et les étangs littoraux du Languedoc-Roussillon en 2003 et 2004.

Le graphique ci-dessus porte sur les 228 embarcations pour lesquelles
l'année de construction est connue




Avec un âge moyen de 53 ans, 25% des barques sont antérieures à 1945 et plus de la moitié ont été construites entre 1950 et 1965.

Seuls 19% des bateaux naviguent aujourd'hui sous voile latine. La majorité d'entre eux sont regroupés au sein d'associations pour le patrimoine maritime.

43% des barques recensées sont en bon état et profitent d'un entretien régulier, tandis que 25 % environ sont vétustes ou à l'état d'épave.

Zone de Texte: L'état de la flotte

La disparition d'environ 40% des effectifs en 15 ans révèle une dégradation significative et rapide des barques du littoral régional. Cette comparaison s'appuie sur un repérage effectué en 1990 sur les littoraux de l'Aude, de l'Hérault et du Gard. L'évolution des effectifs est représentée sur la carte ci-dessous (absentes du repérage de 1990, les données concernant les Pyrénées-Orientales ont volontairement été écartées de la situation en 2004).



292 bâteaux identifiés au sein des 9 types représentés dans l'inventaire



L'inventaire s'appuie sur une typologie permettant de distinguer neuf modèles de barques différentes. Ces types sont aujourd'hui très inégalement représentés, tant par leur quantité que par leur répartition sur le terrain. Le graphique suivant illustre ces situations contrastées.

Certains modèles autrefois très représentés, en particulier les bateaux bœuf et les mourres de pouar qui ont fait les beaux jours de la pêche dans des villes comme Sète ou Le Grau-du-Roi, ont quasiment disparu. D'autres, comme les nacelles ou les bettes , sont également très menacés.

 

Le contexte actuel et les projets phares

Malgré la fragilité de la flotte traditionnelle du Languedoc-Roussillon et les constats parfois alarmant sur son état, il règne aujourd'hui un climat favorable pour le patrimoine maritime qui se traduit par la création et le regroupement d'associations, mais aussi par une prise en compte plus poussée de cette thématique par les services culturels de différentes institutions.

 

La Mission Patrimoine Maritime du Conseil Général des Pyrénées-Orientales porte un projet qui devrait aboutir à la création d'un musée doublé d'un centre de restauration des barques traditionnelles.

L'association Voile Latine de Sète et du Bassin de Thau a repris le dernier chantier traditionnel de construction navale de la ville de Sète, dans le quartier de la Plagette.

Le Conservatoire Maritime et Fluvial des Pays Narbonnais achève la restauration de la Marie-Thérèse, dernière barque de patron du canal du Midi.

 

Tous ces projets s'inscrivent dans un mouvement général de reconnaissance du patrimoine maritime, mouvement qui vise à valoriser un pan de la culture régionale particulièrement riche, mais méconnu et fragile.