DOSSIER : CABANES ET CABANIERS DES ETANGS DE CAMARGUE, DU LANGUEDOC ET DU ROUSSILLON










I : Les embarcations traditionnelles
du Languedoc-Roussillon

Si l'histoire des grands bateaux armés au commerce ou à la guerre est assez bien connue et reconnue, il n'en est pas toujours de même des petites unités de pêche qui constituent pourtant un héritage maritime vivant et intimement attaché à nos régions côtières.

 

  
une barque catalane rentre de pêche au moteur,
avec des nacelles en remorque

Sillonnant par milliers les étangs et la côte sableuse du Golfe du Lion jusqu'au milieu du 20 e siècle, ces petites barques propulsées à la voile ou aux avirons, et plus tard au moteur, y étaient armées à toutes sortes de pêches exercées au cours de sorties quotidiennes. Façonnées pour leur métier et leur environnement navigable, elles sont aussi le reflet des échanges culturels qui les ont enrichies au fil du temps.

L'examen des barques traditionnelles du Languedoc-Roussillon permet donc de les qualifier comme étant avant tout et à plus d'un titre, des barques méditerranéennes, mais aussi les représentantes de spécificités parfois très locales.

Dans ses dimensions géographiques et historiques, la mer Méditerranée forme une entité cohérente. Les barques qui y étaient traditionnellement construites et y naviguaient présentent ainsi des traits communs dictés par les conditions de navigation du bassin.



Barque sous voile latine devant Alger,
année 1930

La plus remarquable de ces particularités est sans doute l'emploi du gréement latin, utilisé sur tout le pourtour méditerranéen depuis le delta du Nil jusqu'au Maghreb et aux côtes d'Espagne, de France ou d'Italie. Le gréement latin, avec sa haute voile triangulaire reposant sur une antenne qui permet de multiples réglages, est polyvalent et particulièrement bien adapté pour naviguer au près . Il apporte une réponse aux changements de direction du vent, imprévisibles sur les côtes méditerranéennes.

D'autre part, les tempêtes de Méditerranée lèvent des houles courtes qui ont conduit à la réalisation de barques généralement pointues aux deux extrémités. Cette caractéristique permet de briser les vagues et de limiter les chocs qu'elles provoquent aussi bien à l'avant qu'à l'arrière du bateau.

Enfin, les barques de Méditerranée se caractérisent le plus souvent par un faible tirant d'eau et un fond relativement plat, conditions essentielles pour naviguer dans les eaux peu profondes des étangs ou pour s'échouer, en l'absence de port, sur les plages de la côte.


Embarcations de pêche en étang

 

Tous ces caractères communs n'interdisent pas l'existence de types distincts dans la flottille des barques du Languedoc-Roussillon, ni même de spécificités locales au sein d'un même type.


barques de pêche en mer

Ainsi, les différentes barques en présence sur le littoral étaient spécialisées en fonction de leur milieu d'évolution (étangs, côtes sableuses ou rocheuses), des activités de pêche pour lesquelles elles étaient conçues, et des aires culturelles auxquelles elles appartenaient. Toutes ces nuances ont permis d'établir une typologie évoquant bettes et nacelles des étangs du Roussillon, de la Narbonnaise ou du Languedoc, barques catalanes et barquettes marseillaises , dont les appellations évoquent la filiation extérieure au Golfe du Lion...

Par définition, les barques traditionnelles de la côte ne relèvent pas d'une production en série, et puisque chaque charpentier avait sa signature, chaque barque est différente et constitue un témoignage unique. L'un des exemples les plus évocateurs de variabilité au sein d'un type est celui des barques catalanes qui deviennent au 19 e siècle la référence en matière de barque de pêche. Sur tout le Golfe du Lion, on imite le modèle catalan tout en y apportant des traits spécifiques : les barques catalanes construites à Sète, par exemple, présentent des lignes moins courbes que celles de leurs modèles et se sont défaites de leurs quilles d'échouage rendues inutiles du fait de l'existence du port.

Toutes les nuances locales auront largement contribué à enrichir et à diversifier la flottille de la région.

Traditionnellement, ces barques n'étaient pas construites sur plans, mais au moyen d'un gabarit annoté que les charpentiers entouraient parfois de mystère : le gabarit de Saint-Joseph (patron des charpentiers).


une barque brûle sur la plage de Collioure

La seconde moitié du 20 e siècle aura apporté dans ce domaine des mutations sans précédent. Le bois a été peu à peu remplacé par des matériaux modernes, les voiles ont été rendues obsolètes par la motorisation, et les tonnages des unités de pêche n'ont fait qu'augmenter. La plupart des barques traditionnelles sont tombées dans l'oubli, beaucoup ont été brûlées...

Certaines toutefois ont été armées pour une nouvelle vie à la plaisance ou à la pêche amateur. Leur reconversion a alors permis leur conservation.